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UFR DE PHYSIQUE
UFR 925

Pour Annie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai la douleur de vous faire part du décès de notre collègue Annie Grosman, enseignante-chercheuse à l’Institut des NanoSciences de Paris, survenue le jeudi 29 août 2019 à l’âge de 53 ans. L’émotion suscitée par ce décès dans son laboratoire et dans l’UFR de physique illustre combien Annie était une figure importante de notre communauté qu’elle avait rejointe il y a près de 30 ans.

 

Ancienne étudiante de Paris VII, Annie avait obtenu dans l’ex GPS (groupe de physique des solides) et sous la direction de Camille Ortega son doctorat en 1995 sur la caractérisation expérimentale du silicium poreux. Recrutée maître de conférences dans la foulée, Annie avait eu le culot scientifique de proposer à une communauté incrédule que ce matériau puisse être intéressant dans le domaine de l’adsorption. Pari tenu grâce à la rigueur de son travail expérimental qu’elle a développé avec une persévérance rare malgré des soucis personnels : plusieurs expériences d’Annie se sont révélées capitales à la fois pour apporter un regard critique sur les interprétations classiques, notamment de l’origine de l’hystérésis dans les matériaux poreux, mais aussi pour ouvrir de nouveaux champs d’investigations : le couplage possible entre la déformation élastique du poreux et l’adsorption du gaz d’une part et le lien entre l’évaporation du liquide par cavitation et la géométrie du réseau des pores d’autre part. Des pistes toujours discutées mais tellement fécondes, qu’elle a explorées ces dernières années avec le groupe de collaborateurs que sa force de persuasion et ses qualités de chercheuse avaient fédéré autour d’elle : Joël Puibasset, Étienne Rolley, Panayotis Spathis, Isabelle Trimaille, Pierre-Etienne Wolf.

Chercheuse donc mais aussi enseignante. Et même vulgarisatrice. La passion d’Annie pour la science et l’esprit critique débordait largement du laboratoire pour venir toucher les étudiants qui ont eu la chance d’assister à ses enseignements. Spécialiste incontestée de la thermodynamique (on aura plaisir à la retrouver dans cette vidéo https://youtu.be/aBl9cEedCyk où elle nous explique le point triple de l’azote), elle aimait aussi s’aventurer sur des terrains moins balisés et avait longtemps dispensé un cours autour de la pratique de la méthode scientifique. Bien lui en a pris puisque de cette expérience est né un remarquable ouvrage « De l’atome imaginé à l’atome découvert », écrit en collaboration avec Hubert Krivine.

Chercheuse et enseignante mais tellement plus aussi pour nos communautés qu’elle a contribuées à animer avec toute son énergie. Elle a puissamment aidé à l’organisation de la très dispersée communauté française dans le domaine de l’adsorption en cofondant l’Association Française de l’Adsorption (AFA) en 2010. Et que dire de son action au sein de l’UFR : elle a révolutionné avec quelques autres la gestion du temps de service des enseignants-chercheurs entre 2001 et 2005 et a su imposer un mode de fonctionnement, agile et transparent, toujours en vigueur aujourd’hui… pour l’ensemble de la faculté des Sciences et Ingénierie de Sorbonne Université. Cet engagement si désintéressé pour le collectif, avec sa part de véhémence contre le système et ses représentants, se redoublait d’une douceur au quotidien envers ses collègues, notamment les plus fragiles. Revenue récemment au sein du conseil d’UFR, elle siégeait avec toutes ses convictions dans la commission des personnels enseignants.

Les témoignages ci-dessous brossent par petites touches un portrait vivant d’Annie. Dans ces textes si divers, les mêmes mots reviennent: la générosité, la sincérité, l’attention portée à autrui, la volonté, l’exigence aussi pour elle et pour les autres, interrogeant sans cesse nos pratiques collectives parfois avec âpreté… Puissent-ils nous aider à retrouver Annie dans ce qu’elle avait de meilleur et nous remémorer les très bons moments que beaucoup d’entre nous ont partagés avec elle.

Toutes mes pensées accompagnent dans ces moments difficiles sa famille, ses amis et collègues. Ses obsèques auront lieu le vendredi 06 septembre à 16h au cimetière de Fontenay-sous-bois, 116 boulevard Galliéni.

Edouard Kierlik

 

 

Annie, tu faisais partie de ces personnes qui savent conjuguer la générosité à tous les temps. Avec les tiens, avec tes amis, avec tes collègues, avec le collectif. L’engagement pour les autres, tu l’as compris et vécu très jeune. Et toute ta vie, tu as su cultiver cette force de croiser trajectoire personnelle et collective. Sur Jussieu, tu as semé très tôt des graines qui ont poussé et restent solidement en terre. Je pense par exemple au tableau de service. Il s'est imposé comme une évidence aujourd’hui. Mais  tu as compris très vite que la transparence et le partage sont les révélateurs de la richesse du collectif. Cet engagement n’était pas dû au hasard. Il était cohérent avec ta vision de la société. Avec ta soif d’égalité et de justice. Cette soif bien sûr ne s’est jamais apaisée et tu continuais, à ta mesure, à apporter ton eau au moulin. Ce qui est sûr, c’est que ce que tu as fait pousser est toujours avec nous.

Jean-Noël Aqua

 

 

Annie avait une vision de ce que devait être notre travail d'enseignant-chercheur : une passion pour la science et la transmission du savoir, un travail collectif où chacun trouve sa place, des valeurs telles que l'équité et l'entraide.

Enseignante hors-pair, elle était chaque année plébiscitée par ses étudiants. Ces dernières années encore, son cours de thermodynamique -- matière pourtant traditionnellement peu appréciée des étudiants, et bien souvent des enseignants eux-mêmes -- lui valait des louanges répétées que tout un chacun ne reçoit que rarement dans sa carrière ("Madame, vous êtes le meilleur prof de physique que j'ai jamais eu").

Elle a très concrètement porté ses idéaux lors de ses mandats d'UFR et en a proposé l'application pratique, nous apprenant que l'optimisme peut être réaliste quand il est collectif.

Disons quelques mots sur la mise en place du Tableau de service tel que nous le connaissons actuellement, et dans laquelle Annie joua un rôle majeur.

Quiconque a connu l'organisation des services à la fin du siècle dernier, se souvient que personne ne connaissait le service de chacun, et surtout pas celui des professeurs. Les TP étaient légalement comptabilisés à un taux horaire inférieur, et les femmes enceintes se débrouillaient pour caser leur congé maternité dans leur emploi du temps comme elles pouvaient, faute d'un arrêté à ce sujet.

Approuvées et mises en place collectivement, les propositions portées par Annie et quelques collègues ont permis, en quelques mois, de mettre en place la transparence pour tous des services effectués, d'alléger le service des nouveaux arrivants, et, précédant la loi de plusieurs années, d'instaurer l'égalité TP-TD et d'accorder un demi-service pour congé de maternité.

Questionnant les situations établies, Annie a su nous montrer que nulle fatalité, dans notre organisation, ne saurait résister à la réflexion et la discussion. Son enthousiasme, et parfois sa véhémence, nous ont régulièrement indiqué la bonne direction.

Annie était aussi une collègue sur laquelle chacun pouvait compter, généreuse et chaleureuse, attentive à chacun, avec qui il était plaisant de partager les moments d'humour, parfois involontaires, qui ponctuent notre métier.

Delphine Hardin, Hubert Krivine et Sophie Trincaz-Duvoid

 

 

Annie,

La vie n’a pas été un long fleuve tranquille pour toi, jusqu’à ce jour tragique du 29 août dernier, où nous avons tous perdu une collègue, une amie, mais aussi et surtout une personne chère à nos cœurs et exceptionnelle à bien des égards.

Malgré toutes les difficultés que tu as connues au fil des années, tu ne t’es jamais résignée et tu t’es battue avec courage tant sur le plan personnel que dans la sphère professionnelle pour gagner ton petit coin de bonheur.

Au laboratoire, après le départ à la retraite de Camille, tu t’es retrouvée seule à la barre de ta thématique mais tu as tenu bon année après année, luttant auprès de la direction, écrivant des articles, soutenant ton HDR, faisant des demandes d’ANR, proposant stages et thèses. Tu n’as eu de cesse de faire valoir ta place en tant que scientifique et tu l’as obtenue grâce à tes qualités scientifiques, ta grande rigueur, ta détermination, ton humilité.

D’une grande finesse, tu saisissais les subtilités psychologiques qui demeurent obscures à tout un chacun et l’on pouvait te confier certains secrets que peu de gens sont capables d’entendre car l’on savait que tu pouvais comprendre.

Tu pouvais à l’occasion être quelque peu cinglante dans tes propos mais tu avais toujours le souci de comprendre les autres et le monde. Ta vision était profonde, et celle-ci était au service d’une tolérance hors norme et d’une bienveillance qui s’exprimait au quotidien dans tes rapports avec autrui, ce dont nombre d’entre nous peuvent témoigner.

C’est aussi sans doute, cette recherche d’une compréhension profonde qui t’animait en physique. Tu ne t’arrêtais pas à la surface mais voulais toucher du doigt les ressorts fondamentaux des phénomènes que tu étudiais, quitte à bousculer les paradigmes bien établis lorsque c’était nécessaire.

L’un de nous te croisait parfois le matin sur le chemin du labo, toi en vélo et lui à pied. Contrairement aux collègues qui (au mieux !) saluent en passant, toi tu klaxonnais, tu t’arrêtais et faisais le reste du chemin à pied avec lui tout en poussant ton vélo. Ce petit détail montre bien l’attention que tu portais aux autres et toute la générosité dont tu faisais preuve. Ce petit détail, qui s’ajoute à tant d’autres, montre bien de quel bois précieux tu étais bâtie.

Ta sensibilité à fleur de peau pouvait éventuellement s’exprimer de façon très directe et nombre d’entre nous se souviennent que tu n’hésitais pas à réagir et à mettre les pieds dans le plat lorsqu’un propos ou une situation t’indignait. Ainsi, tu nous avais raconté avec tout ton humour qu’une baffe était malencontreusement ‘partie toute seule’ un jour contre un inconnu dans un ascenseur qui avait tenu des propos fort désobligeants ! De fait, tu détestais tout ce qui s’apparente à de l’étroitesse d’esprit, du racisme au sexisme, tout ce qui s’écarte en somme d’une attitude pleinement humaine.

Cette grande sensibilité s’exerçait aussi dans l’art, la musique, le dessin. Tu fabriquais aussi des bijoux qui en disaient long sur ton monde intérieur plein de couleur et de beauté, dont on pouvait aussi apercevoir les éclats dans ton rire que tu ne manquais pas de nous faire entendre dès qu’une occasion se présentait.

Ton décès dans ces circonstances tragiques est une perte immense. Ta présence nous manquera toujours.

Yves Noat

22/10/19

Traductions :

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